La pratique au cœur du Maître.

Aïkido ou Aïki-Jutsu

Une fois de plus, il nous faut écrire à l’intention des nouveaux venus dans le monde du Budô et des arts martiaux, non pour expliquer encore et encore la nature de l’Aïkido, mais plutôt pour démontrer ce qu’il n’est pas, du moins dans la forme où il est généralement pratiqué, que ce soit dans les Fédérations ou par le biais d’instructeurs plus ou moins gradés. Nulle polémique ne nous anime car chacun d’entre nous doit resté libre de pratiquer selon ses affinités.

Cependant derrière cette pratique très en vogue se cache beaucoup de méconnaissances sur ce qu’est réellement cet art royal. De même qu’il n’existe pas le Bouddhisme mais des bouddhismes, il existe un Aïkido créé par Maître Morihei Ueshiba qui, après sa mort, a donné naissance à une multitude de styles plus ou moins proches de l’esprit du Maître. Ce n’est pas une accusation car même s’il n’existe qu’une seule manière de pratiquer l’Aïkido originel, chacun selon sa compréhension adaptera cet Aïkido à sa mesure car à la vérité bien peu d’hommes sont motivés par sa dimension spirituelle.

Dans la plupart des pays, le Japon inclus, l’Aïkido a été adapté à notre petitesse et enseigné de manière minimaliste en ne gardant que la partie la plus matérielle, celle de la stratégie de défense.

Il faut avoir le courage de reconnaître que c’est une vraie trahison de la volonté du Maître et il est utile de temps à autre de remettre les pendules à l’heure et de respecter intégralement l’Aïkido tel qu’il fut enseigné par le fondateur (un principe essentiel en Budô).

Tous les styles ont une certaine valeur, mais nous devrions être honnêtes avec celui qui vient s’inscrire en lui expliquant dans les moindres détails l’objectif d’une telle discipline, ce que ne font évidemment pas les Fédérations et les nombreux instructeurs (sensei) qui ont fait de l’Aïkidô une affaire rentable.

Il est important, pour que cet art royal ne tombe pas dans les fonds obscurs du matérialisme, de remonter à la source, là où l’eau est pure, là où se sont abreuvés tous les fondateurs d’écoles ou les mystiques en quête de vérité.

La première source à découvrir est le plus souvent une école traditionnelle et authentique qui perpétue depuis des siècles des connaissances permettant aux hommes de trouver la seconde source constituée par leur propre Esprit. De telles écoles se trouvent toujours discrètement présentes au cœur de chaque religion : la Kabbale au sein du judaïsme, la Gnose dans le christianisme et le Soufisme dans l’Islam.

Au Japon, les mouvements traditionnels de nature ésotérique pullulent. On les trouve au sein du taôisme, du shintoïsme, du bouddhisme (et ses différentes branches Zen et tantrisme Shingon), ainsi que chez les ascètes de montagnes, les Yamabushis du Shugendo. Il est bon d’en parler car maître Morihei Ueshiba en fit partie.

Nous tenons aussi à mettre en garde nos amis lecteurs et souligner que cet article s’adresse à tous, jeunes et âgés, érudits et ignorants des grands principes. Par conséquent nos propos resteront dans les limites du compréhensible et c’est volontairement que nous omettrons d’entrer dans des détails techniques que chaque lecteur ou pratiquant pourra découvrir dans des ouvrages spécialisés.

L’objectif de l’Aïkido

En premier lieu et afin de ne pas se méprendre sur la voie choisie et mettre toutes les chances de son côté, le professeur qui accueille un élève devrait savoir quel est l’objectif de ce dernier. Si celui-ci ne s’est pas encore posé la question, il serait utile qu’on lui précise ce qu’est exactement l’Aïkido.

S’il cherche une méthode de self-défense ou une pratique physique en vue de se refaire une santé, il est du devoir du professeur de le diriger vers d’autres disciplines plus appropriées (même s’il perd un élève et une cotisation). En effet, le fondateur de l’Aïkidô, Morihei Ueshiba, a toujours été très précis sur la nature de son art qu’il ne considérait pas comme un art martial : « L’Aïkidô n’est pas une technique pour attaquer et vaincre un ennemi. Le but de l’Aïkidô est de nous mettre en harmonie avec l’univers et de faire de nous un élément intégré à cet univers ».

Depuis son plus jeune âge, Morihei était déjà tout imprégné d’aspiration religieuse, comme le furent la plupart des grands fondateurs de religion ou de système philosophiques, et rapidement sa démarche fut de découvrir les grandes vérités de l’existence : d’où venons-nous ; où allons-nous ; qui sommes-nous ; quel est notre dessein en naissant dans ce monde, pourquoi mourrons-nous avant d’avoir atteint la perfection, etc.

Ayant déjà une conscience éveillée et étant pourvu d’une grande intuition, il comprit rapidement que l’homme n’est qu’un petit fragment de l’univers et qu’il faut cesser de s’identifier à cette minuscule forme humaine égoïste et égocentrique si l’on veut passer du personnel à l’universel. Pour cela il n’existe qu’une seule voie, une seule « porte étroite », son âme . Reste que ce passage implique une connaissance et une méthode reconnue depuis des millénaires et qu’on ne peut trouver cette clé que dans une école ou une tradition occulte ou mystique authentique.

Morihei explora donc les différentes branches du bouddhisme, puis les différentes branches du Shugendo, une voie magique cherchant l’acquisition de pouvoirs psychiques (télépathie, invisibilité, lévitation, etc.), très en vogue au sein du Budô. Puis il étudia les centaines de sectes Shintô.

Ayant été impressionné par le maître du Omoto-kyô, Onisaburo Deguchi (1871-1948), il en suivra l’idéologie et les pratiques. Quelques mots sur ce maître ne sont pas inutiles puisqu’il fut l’instructeur de Morihei Ueshiba. Ce dernier fera sienne les connaissances hautement ésotériques du mouvement qu’il intégrera dans les pratiques internes de l’Aïkidô.

Malgré les nombreuses épreuves par lesquelles il passa avec la plus grande indifférence, Onisaburo considéré comme un être éveillé, inspiré et illuminé par tous ceux qui le rencontrèrent, dicta trente-deux mille grandes pages de révélations qui constituent le Reïkaï monogatari, que l’on peut traduire comme le récit du monde des kamis, récit où l’on trouve une source de connaissances ésotériques similaires à celles des grands systèmes religieux de par le monde. Décidé à œuvrer pour la paix dans le monde, Onisaburo, accompagné de Morihei, constitua un petit groupe de disciples et de membres de l’école avec lesquels il parcouru les plaines sauvages de Mongolie annonçant sur sa route la venue du Royaume de Dieu, guérissant les malades de manière miraculeuse ou distribuant de la nourriture aux affamés.Il sera finalement arrêté, rendu aux autorités nipponnes et emprisonné.

C’est pendant cette incarcération qu’il composa une partie de ses 600 000 poèmes de trente et une syllabes (tanka). On comprend l’impact qu’il eut sur Morihei qui lui aussi cherchait à enseigner à ses contemporains comment trouver la paix et la libération.

Onisaburo, derrière des attitudes peu orthodoxes, était un véritable initié qui maîtrisait certaines technique comme le Kototama qu’il reçut de Nao Deguchi, la fondatrice du Omoto-kyô. Outre ses dons de poète, de sculpteur, de peintre et de calligraphe, c’était, nous l’avons dit, un guérisseur hors du commun puisqu’en Mongolie, il sauva une malade condamnée par des prêtres Lamas qui avaient perdu tout espoir.

Il était, comme Morihei, pourvu du don d’omniscience. C’est ainsi qu’un jour, alors qu’il se trouvait au centre d’un important rassemblement, il s’écria « Ah ! Takashi Hara a été tué ». Lorsqu’on lui demanda des précisions, il répondit que le premier ministre venait d’être attaqué par un jeune homme à la station de Tôkyô. Effectivement, le fait fut confirmé deux heures plus tard.

De telles anecdotes ont fleuri tout au long de la vie du maître. Nous relevons ces faits pour montrer aux pratiquants d’un Aïkidô plus Jutsu que Dô, que le fondateur de ce qu’ils ont l’honneur de pratiquer avait un objectif essentiellement spirituel et que ceux qui se proclament ses héritiers devraient suivrent ce même objectif !

Il existe des pratiquants de bonne volonté qui ont cherché à différencier l’Aïki-Jutsu de l’Aïkidô. C’est une tentative courageuse mais qui est vouée à l’échec à cause, non de l’aspect technique qui est aujourd’hui d’un très haut niveau, mais de la finalité de la discipline qui n’est pas définie et ne va pas plus haut que la technique du corps et le respect du programme imposé.

Prenez le club le plus sérieux qui soit et vous verrez qu’on y pratique de l’Aïki mais certainement pas de l’Aïkidô dont les bases sont le Aï, le ki et le Dô et qui impose une éthique, une pratique méditative et une hygiène de vie aussi rigoureuse que celle d’un bouddhiste ou d’un yogi indien.

L’âme est l’aspect « conscience » dans n’importe quelle forme. Elle résulte de l’union de l’Esprit divin au sein d’une forme matérielle. En Occident les dojos sont soumis au programme d’une Fédération qui a clairement défini ses objectifs, lesquels n’ont évidemment rien de commun avec l’Aïkidô puisque voilà quelques temps déjà, les principaux responsables de l’Aïkidô européen cherchaient à démontrer que le ki n’existait pas !!!

D’autre part l’un des objectifs de l’étudiant est l’obtention d’un grade dépendant du respect d’un programme unique imposé à tous. On se demande où l’intuition peut bien se placer dans un tel programme qui honore le mental et donc l’ego alors que l’Aïkidô de Morihei était construit sur le détachement de toute récompense, sur l’impersonnalité et l’humilité.

Le but de l’Aïkidô du maître était, n’ayons pas peur des mots, de « transcender » l’ego, le mental inférieur et de pouvoir ainsi apaiser puis dissoudre les passions humaines et animales afin qu’une fois libéré de son petit moi, le pratiquant puisse être empli (ou adombré) par la pure conscience de son âme dont les caractéristiques se manifestent sous la forme d’une intuition spirituelle (la buddhi des bouddhistes), d’une compréhension lumineuse ou discriminatoire et d’un amour inconditionnel et universel, une forme de satori permettant au pratiquant d’entrer dans le silence de sa vraie nature et d’être pour un moment un avec tous, un avec l’univers.

Cette attitude est aux antipodes de la recherche des grades et des applaudissements. Bien qu’il y ait eu une évolution naturelle du Jutsu vers le Dô, l’un et l’autre se sont toujours côtoyés et ce n’est pas parce que certains choisissent l’Aïki-Jutsu qu’ils sont moins avancés que nous ou qu’ils sont engagés dans la mauvaise voie.

  Le jugement et la critique de son prochain ne sont pas admis dans le Budô en général qui impose l’amour et donc la tolérance. Cette tolérance est d’autant plus aisée à mettre en pratique que nous savons que chaque âme est plus ou moins éveillée selon son âge, c’est-à-dire selon le nombre d’incarnations par lesquelles elle dut passer jadis.

Cet éveil qui se manifeste dès la naissance est ce qui conditionnera nos choix de vie, spirituelle ou matérielle.

Comment est né l’Aïkidô

Comme de nombreux jeunes gens de cette époque, Morihei s’est beaucoup intéressé aux arts de combats. Mais à la différence des autres enfants, ils les mémorisaient et les maîtrisaient avec une incroyable rapidité. Rien qu’en observant des experts en train de s’entrainer il pouvait, de retour chez lui, prendre un sabre et exécuter les techniques sans commettre la moindre erreur. C’est ainsi qu’il mémorisa et maîtrisa le Daïto-ryû jôjuku de Sagaku Takeda en quelques mois.

En bref, il finit par connaître la plupart des styles et se trouva en possession d’un nombre incroyable de techniques. Comme Morihei se posait de nombreuses questions sur le moyen d’utiliser ces techniques de combats pour en faire une discipline de l’Esprit, son mental était saturé de questions essentielles.

Peu d’écoles martiales avaient des objectifs purement spirituels et il n’était pas question d’imiter les grandes écoles qui existaient déjà comme l’école de sabre Tenshin Shôden Katori Shintô-ryû, les écoles de Kyûdô ou le Jûdô qui commençaient à être bien connues.

De retour à Ayabe, après son voyage en Mongolie en 1924, Morihei chercha à éclaircir les objectifs de sa future mission. Il savait mieux que personne que cette indication ne pouvait venir que de son principe divin, de son Esprit. Il entama donc une période d’ascèse (prières sous les cascades, entrainement au ken et au bâton, etc.) dans les montagnes sauvages de Kumano avec un groupe de hauts pratiquants du Shugendô.

Son énergie était d’une telle puissance qu’il partait seul chaque nuit s’entrainer afin de ne pas effrayer ses élèves. Au printemps 1926, Morihei fut provoqué par un officier de la marine. Celui-ci, armé d’un boken (sabre en bois), fit tout son possible pour le toucher mais dut admettre sa défaite.

Après cette rencontre Morihei se rendit au puits pour se rafraichir le visage et c’est à ce moment qu’il réalisa une expérience d’éveil et de transfiguration. Son ego purifié disparut au profit de son âme et il réalisa la nature du Soi ou de l’unité : « Je compris, dit-il, que la nature des Budô est l’amour de Dieu, amoureuse protection des êtres. Des larmes de joie coulèrent sans fin sur mes joues. Depuis lors, j’ai compris que la terre tout entière est ma maison, que le soleil, la lune et les étoiles sont toutes choses miennes. Je fus libéré de tous désirs, non seulement pour ma situation, la renommée ou la postérité, mais aussi de celui d’être le plus fort.

Je compris que le Budô ne consiste pas à faire tomber l’adversaire par la force, qu’il n’est pas non plus un instrument pour porter le monde à sa destruction par les armes. Le plus pur esprit budô consiste à accepter l’esprit de l’univers, à répandre la paix dans le monde, à parler correctement, à protéger et à honorer tous les êtres de la nature. Je compris que l’exercice du budô c’est d’accepter l’amour de Dieu qui est cette protection et cette vie des choses de la nature ; qu’il convient d’assimiler dans notre esprit et dans notre corps. »

Comme nous le constatons, cette illumination soudaine lui révéla la nature de la Vérité qui est pure vacuité et qui se manifeste également par une compréhension immédiate des grandes questions que se pose le récipiendaire, questions qui pour Morihei concernaient les arts du combats.

Avec les mots qui sont les siens, il nous montre que l’expérience d’amour divin est le résultat de l’unité qu’il éprouva en cet instant lui montrant qu’en essence (et non dans la forme), nous sommes tous un.

Après cet éveil de la conscience du cœur, vint l’éveil du ki dans sa plénitude, dont la source connue des yogis de l’Inde est un centre de vie (chakra) ancré dans la partie éthérique des vertèbres coccygiennes. C’est là que se trouve la plus grande force de l’univers, une forme de feu divin féminin identifié à un serpent ou dragon (sanskrit : kundalinî-shakti) lequel, une fois éveillé, s’élève dans le méridien central de l’épine dorsale jusqu’au cerveau, permettant au sage de s’unir à Dieu, fusionnant ainsi les deux grandes forces antagonistes de la terre et du ciel.

Cette élévation eut lieu le 14 décembre 1940 et fut symbolisée par la présence du kami Dragon-roi connu sous le nom de Ame-no-murakumo-kuki-samudra-ryû-ô-kami. La conséquence de cette élévation (souvent imagée par un dragon s’élevant autour de l’épée de Fudô-Myô-ô) est la réalisation d’une conscience de vacuité et la manifestation secondaire de pouvoirs psychiques et spirituels plus ou moins latents (clairvoyance, clairaudience, omniscience, omnipotence, etc.), caractéristiques de tous les saints et sages depuis Bouddha jusqu’à Jésus.

Lors de ces montées du feu-serpent, Morihei se sentait littéralement possédé par une puissance divine, spontanément les formes de l’Aïki qu’il pratiquait se transformèrent, il se mit à exécuter des formes issues des milliers de techniques enfouies dans sa mémoire. Elles n’étaient pas sa création, quelque chose en lui les manifestait librement, sans son vouloir.

C’est ainsi que prirent forme des techniques conformes aux lois de l’univers en termes d’unité et d’harmonie universelle. Ce n’était plus l’homme Morihei Ueshiba qui agissait mais son Esprit. C’est cela qu’il nomma Takemusu Aïki, l’exécution hors du temps et de l’espace, de formes de défenses où attaqué et attaquant ne faisaient plus qu’un, quelles que soient les circonstances ; la vacuité avait remplacé le mental et utilisait de façon constructive le ki et la forme du maître.

Il est clair que la même expérience pour un maître zen qui n’a dans son mental qu’un simple koan fera de ce koan le facteur déclenchant de la vacuité. Celui qui pratique la poésie sera surpris de concevoir spontanément des milliers de poésies magnifiques, sans effort et dont le sens est profondément spirituel. Il en va de même pour un savant qui soudainement découvrira des secrets longtemps recherchés. Tous les maîtres qui ont cherché par l’ascèse et la méditation un contact avec leur âme ont obtenu la réponse à leur question, la révélation de ce qu’ils cherchaient.

C’est ce qui arriva à l’un des plus célèbres guerriers mystiques du Japon, Iizasa Chôisai Ienao (1387-1488). Au cours d’une longue période d’ascèse (gyô), il eut la vision du grand kami du sanctuaire shintô de Katori, Futsunushi-no-Mikoto, lequel lui fit présent du Heihô Shinshô, un manuel de stratégie martiale de dimension spirituelle dans laquelle le sabre tient la place d’honneur, ce qui lui permit de créer la première grande école de Budô traditionnel.

Dans l’école sœur du Katori, l’école de sabre Kashima, il est rapporté que l’un de ses grands prêtres du nom de Kuninazu Mahito priait avec ferveur les kamis tout en s’entrainant au sabre sans répit à l’imitation du maître précédemment cité. A la suite de ce misogi exceptionnel, il fut subitement illuminé et découvrit, dans un éclair d’intuition, une technique de sabre d’une incroyable efficacité à laquelle il donna le nom de Shimyôken, le sabre de divine subtilité. Il l’appela aussi Hitotsu no tachi, le sabre unique.

Le grand samuraï Tsukahara Bokuden (1489-1571), qui fut l’un des élèves de l’école Kashima, mais connaissait la Katori par son père, cherchait désespérément à retrouver le secret de la technique de maître Kuninazu Mahito que plus personne ne semblait connaître. Pour cela, il se retira dans le sanctuaire de Kashima pour un gyô de 1000 jours, comme le veut la tradition.

Selon les archives de cette école, c’est au bout de 998 jours qu’il obtint la lumière et comprit l’essence de l’art du sabre unique. A partir de cette révélation intuitive, il fonda l’école Shintô-ryû.

Une expérience similaire aurait été l’apanage du maître Aïzu Iko qui, dans sa jeunesse, se retira dans une grotte de la région de Kyûshû. Là, à la suite d’une longue ascèse, le maître fut inspiré par un kami et fonda l’école Kage ryû. Même le Jôdô de Musô Gonnosuke fut le résultat d’une illumination survenue après une période d’austérité dans une grotte des montagnes de Kyûshû

. Nous pourrions donner des dizaines de tels exemples et prouver que la découverte de son propre Esprit n’est pas une utopie et que les conséquences d’une illumination sont toujours utiles au genre humain.

Nous nous sommes un peu écartés de notre sujet, mais dans le seul but de montrer que l’Aïkido n’est plus du tout ce qu’avait conçu maître Morihei Ueshiba.

La preuve nous est donnée dans l’ouvrage de J-D. Cauhépé. A la question que lui posa le shihan Arimoto Murashige, le maître répondit clairement : « Que pensez-vous de la méthode dite « Aïki-Jutsu ? « « Je n’ai pas le droit de juger ce que font les autres. Je peux dire que ce n’est pas mon enfant. Je n’ai pas créé une méthode semblable. C’est tout de même un bon exercice, mais il lui manque la lumière céleste qui touche le cœur et se répand dans tout le corps. Ce n’est pas mon enfant, mais ce n’est pas une raison pour ne pas l’adopter . » La technique de l’Aïkidô, telle qu’on la pratique communément, faite de projection, de blocage, de dégagement, d’esquive, etc., est le moyen par lequel l’étudiant passe des formes grossières de l’Aïki-Jutsu aux formes subtiles de l’Aïkidô qui est le but à atteindre.

Pour celui qui cherche cet objectif et donc souhaite pratiquer selon l’esprit de Maître Morihei, il faut impérativement étudier en profondeur les trois idéogrammes composant le mot Aïkido. Premièrement le mot qui signifie : s’unir, se rejoindre ou s’harmoniser. Il s’agit du principe d’amour qui dans l’homme et l’univers gouverne la loi d’attraction et d’unification ; Ki, que chacun traduit différemment, n’est rien d’autre que l’énergie de vie qui imprègne l’Espace et unit en un tout homogène, les galaxies, les systèmes solaires, les planètes et les créatures vivantes ; et enfin, qui est traduit par Voie. C’est-à-dire le sentier qu’emprunte l’homme devenu disciple qui cherche à atteindre la conscience pure de son êtreté, son propre Esprit divin infini et immortel, et cela à travers une discipline spirituelle.

Est-il besoin de préciser ce qu’implique une telle voie faite de non-violence, de sacrifice pour le bien d’autrui, de renoncement aux plaisirs de l’ego et de respect de la vie sous toutes ses formes, du minéral au végétal, de l’animal à l’être humain, puis notre union au tout, la vague devant un jour retourner à l’océan ! L’Aïkidô n’est pas une religion du dehors, mais son essence même.

C’est une philosophie qui cherche en soi-même la source de sa Divinité. Si un futur élève vient pratiquer avec l’idée d’apprendre à se défendre, il pourra certainement acquérir une plus grande confiance en lui-même, développer des qualités de stabilité, de puissance, de courage, de patience et même un certain esprit de groupe, mais il restera humain.

L’Aïkidô va bien plus loin car son but est de nous faire passer au stade divin et cela implique de la ténacité, du sérieux et de la constance dans une pratique qui ne s’arrête pas à la sortie du dojo.

L’Aïkidô n’est rien d’autre que l’art de retrouver notre vraie nature de Bouddha et, comme le disait Maître Morihei, « Si vous avez une étincelle de vie en vous, vous êtes de nature divine ».

Un jour Stanley A. Pranin interrogea un ancien uchi deshi de Morihei, un certain Zenzaburo Akazawa à propos de l’Aïkido actuel ; voici sa réponse : « O-Sensei était une personne étonnante, c’est certain ! Cependant, faute d’un entrainement spirituel, personne n’a la moindre chance d’atteindre son niveau. Les gens qui pratiquent aujourd’hui peuvent bien joindre les mains devant les Kamisama, bien peu pratiquent la méditation zen. De ce fait, ils ne peuvent accéder, comme l’a fait O-Sensei, à l’inspiration divine . »

Cet expert a entièrement raison sur le fond, bien qu’il faille reconnaître qu’avec la meilleure volonté du monde une personne sur mille est assez mature pour atteindre la perfection de Morihei qui avait derrière lui un nombre incalculable d’incarnations comme cela est enseigné dans le Bouddhisme et dans le Omoto-Kyô.

Il n’empêche que chacun d’entre nous doit commencer l’entrée sur le sentier par un premier pas et faire en sorte d’atteindre le plus haut degré possible de perfection qu’il nous soit permis d’atteindre. Aucun effort n’est jamais perdu et nous devons simplement faire de notre mieux sans nous préoccuper du résultat.

Faire de l’Aïkidô une performance technique du corps ne dure que le temps d’une courte incarnation, la vieillesse nous rattrapera et nous perdrons tout ce qui a été acquis au prix d’efforts et de sacrifices.

Par contre si, en même temps que le corps, vous avez travaillé au niveau de votre conscience, maîtrise du mental, contrôle des émotions, détachement des appétits instinctifs, amour du prochain, etc., ces qualités resteront vôtres à jamais et vous les retrouverez de retour sur terre comme ce fut le cas pour Maître Morihei.

Nous sommes entrés dans une ère de matérialisme extrême où la science prend le pas sur les consciences, la mondialisation cherche l’unité mais en nivelant les hommes par le bas. Nous sommes à la fin d’une ère et comme à chaque fin de cycle, le matériel prend le pas sur le spirituel, d’où l’effort des instructeurs pour faire revivre la flamme de la beauté, de la vérité et de la spiritualité.

Les traditions aussi bien que les religions se dégradent et il n’est pas étonnant de constater que Morihei était souvent déçu de ses propres élèves, de leur comportement hors du dojo, de leur incapacité à le comprendre.

Un grand expert d’Aïkidô qui fut son bras droit le reconnait : « Nous rions sous cap lorsqu’il évoquait la présence des kamis ». C’est ainsi qu’en 1942, le Maître se démit de ses fonctions d’instructeur, confia la direction du dojo de Tôkyô à son fils et partit s’installer dans une ferme du village d’Iwama, au nord de la capitale.

On peut se rendre compte de son profond désappointement au vu de ce que devint l’Aïkidô vers la fin de sa vie, un art sans âme ! On lui doit même ces terribles paroles : « J’ai donné ma vie à ouvrir la voie de l’Aïkidô mais lorsque je me retourne personne ne me suit ». Que dirait-il de nos jours ?

Aujourd’hui, les responsables des différents styles qui se proclament tous héritier du Maître sont peu enclins à mettre en pratique les conseils qu’il prodiguait. Il est temps que ces responsables aient le courage de se définir vis-à-vis des élèves. Soit ils admettent sans restriction que celui qu’ils portent au sommet (souvent pour se mettre eux-mêmes en valeur) enseignait la vérité, soit ils n’y croient pas et dans ce cas enseigner une forme d’Aïkido réduit à leur petite dimension est une véritable trahison de celui qu’ils disent vénérer.

Donc si on reconnait comme vrai l’enseignement du Maître dans sa totalité, il est impératif de changer radicalement d’état d’Esprit en respectant à la lettre la volonté du fondateur et de faire, selon ses possibilités, ce que Morihei demandait à ses élève de pratiquer chaque jour de leur vie.

Concernant la pratique

En ce qui concerne la partie pratique de l’Aïkidô, nous noterons que le Maître ne donnait pas d’importance à la quantité mais à la qualité de quelques techniques de bases (Ikkyo par exemple). En Europe, le programme d’Aïki est très riche, trop peut être ! L’objectif est de faire en sorte d’intéresser les élèves, d’éviter qu’ils s’ennuient et que, perdant patience, ils abandonnent cette merveilleuse discipline. C’est là toute la différence entre l’élève japonais et l’élève français. Le premier acceptera sans broncher et avec obéissance de pratiquer des années durant un seul exercice alors que son frère occidental finira par se lasser et perdre patience, si du moins il n’a pas au bout de son effort l’objectif d’une récompense.

C‘est pourquoi les experts du dojo de Tôkyô, après que le Maître se soit retiré, ont intégré un programme assez riche en termes de techniques. Ce n’était évidemment pas exactement ce qu’enseignait Morihei qui recommandait seulement quelques techniques inlassablement répétées un nombre incalculable de fois à la manière du Kyûdôka qui répète inlassablement son kata de huit mouvements pour apprendre à lâcher sa flèche sans penser.

L’Aïkidoka fera de même avec ses techniques au point où un jour il exécutera ses mouvements inconsciemment et parfaitement. Il ne manque pas d’experts capables de nous expliquer dans les moindres détails les points matériels à respecter , telle la maîtrises des chutes, la centralisation dans le seika tenden, etc. , mais bien moins nombreux sont ceux qui abordent l’essence de l’Aïkidô, c’est-à-dire la capacité pour le pratiquant de s’abstraire de lui-même, de faire taire son mental et de laisser les rênes de l’action à l’inconscient dans lequel sont enregistrées toutes les techniques et les enchaînements.

Il est difficile, voire impossible au mental (expression positive du cerveau négatif) d’être assez rapide pour appliquer une défense adéquate et parfaite à une attaque surprise. Si l’inconscient possède la mémoire des techniques, c’est le subconscient (auquel on a accès par la méditation) qui va régler la rencontre à notre place. Il le fait intelligemment, car il est relié à l’âme dont l’une des caractéristiques est l’intuition, étrange et merveilleuse faculté qui permet d’être en parfaite unité et en totale harmonie avec tout ce qui nous entoure. D’où la capacité d’anticiper une action et d’obtenir une parfaite synchronisation entre attaque et défense puisqu’alors l’inconscient est directement relié au subconscient (ou supra conscient) sans avoir à passer pas le cerveau et ses appréciations lentes, hésitantes et limitées

Dans l’Aïki-Jutsu, attaque et défense se suivent dans le temps et l’espace, alors que dans l’Aïkido elles forment une parfaite unité. Ce vide mental ou absence d’égo (le petit : je suis moi) est la clé de la réussite en Aïkido, comme il l’est dans la vie en général.

Pas une seule religion digne de ce nom n’a omis d’enseigner que l’accès à Dieu ou à l’essence divine universelle présente en Soi était fonction de notre capacité à entrer conscient dans le silence. Bien sûr, le vide, en tant qu’absence de pensée, ne doit pas être confondu avec la doctrine du vide qui est un mot pour désigner l’Espace divin infini ou vacuité.

Reste qu’entre l’expression du Soi (notre Esprit) et le partenaire, il y a nécessité d’un principe médian pour les relier l’un à l’autre ! Ce principe est le Ki véhiculé par le souffle. Le Ki (Ch’i ou Qi en chinois et prâna en sanskrit) est différemment traduit, mais que ce soit en Inde, en Chine ou au Japon, il y a consensus pour reconnaître qu’il s’agit avant tout de l’énergie même de la vie au sein de la forme.

Lorsque le ki est présent la forme vit, elle meurt dès qu’il se retire. Le ki est l’océan de vie de l’Espace infini dans lequel baignent les galaxies, les planètes et les hommes. Chaque forme est imprégnée de ce ki universel et possède son propre système d’assimilation, d’utilisation et de radiation. Le ki d’un homme en bonne santé physique et psychique se manifeste par une radiation aurique puissante et large. Cette aura existe dans et autour de n’importe quelle forme dite vivante (atome, pierre, fleur, animal, homme, planète, etc.)

L’omniprésence du ki dans tous les systèmes religieux du monde nous donne une idée de son importance. Le ki, ainsi que deux autres sortes d’énergie, est issu du Soleil et se manifeste objectivement par la respiration alternée, inspiration et expiration, mouvement permettant au ki de pénétrer l’organisme via l’oxygène, et dans le sang via la pulsation cardiaque présente dans toute forme vivante, de l’atome au système solaire. Si le ki peut agir seul dans notre organisme (digestion, respiration, métabolisme, battement du cœur, etc.) et cela avec intelligence puisqu’il dépend de l’inconscient (l’instinct), le pratiquant d’Aïkidô peut volontairement intervenir et contrôler son ki au moyen de sa volonté et de son souffle en vue d’atteindre ses objectifs, c’est le kokyu.

Les objectifs peuvent être bons et constructifs ou mauvais et destructifs, le ki, étant neutre, ne fait que suivre ce que lui dicte le mental (l’intellect plus ou moins éduqué) ou l’âme ! D’où l’absolue nécessité d’avoir une éthique et des idéaux élevés. Comme le mental est un principe faillible et souvent pollué par son identification au corps et aux cinq sens, l’Aïkidoka est invité à l’abandonner au vestiaire et à laisser l’âme et le ki agir à sa place. Si cela est atteint, même à un faible degré, l’action sera juste, harmonieuse et créatrice

. N’imaginons pas que ce que nous disons n’est valable que dans les budô, car l’Aïkidoka est avant tout une âme qui peut être amenée à utiliser son ki pour autre chose que du combat de tatami, guérir par exemple. C’était là l’attitude naturelle d’un maître de la grandeur de Morihei consistant à accomplir chaque action non en fonction des petits désirs de l’égo constamment insatisfait, mais en fonction de l’âme (la conscience intuitive) qui est amour, unité et don de soi.

Dans la pratique, la simultanéité de la défense au cœur de l’attaque (réelle ou non) ne laissant aucun espace-temps entre les deux actions n’est envisageable que lorsque le vide mental est atteint. En dehors de cet état de totale disponibilité, le mental est toujours actif : il pense comment faire ; à la victoire désirée, aux conséquences d’un échec. Son mental est soumit au stress, à la peur sous ses différentes formes.

Cette simultanéité est appelée le « mouvement de l’instant » par Morihei. Voici ce qu’enseignait le Maître à ce propos : « Le mouvement de l’instant est régi par votre « souffle » ou « kokyu » qui emprunte sa puissance au « ki ». C’est grâce à cette « énergie » que votre technique prendra sa véritable dimension. Vous entrerez ainsi à votre insu en communion intime avec cette « puissance » qui donnera libre cours à votre défense . »

Le lecteur aura compris que si l’homme (l’aïkidoka) est celui qui agit au moyen de son mental, le ki utilisable sera réduit aux doutes et illusions de ce mental convaincu de n’être que ce corps mortel.

Par contre, si l’homme peut contrôler son mental et le remplacer par l’âme, c’est cette dernière qui prendra l’action à son compte et comme l’âme est universelle, le ki utilisé par elle sera lui aussi universel et sans limite.

Maître Morihei qui n’était pourtant pas un adepte du zen, mais n’en appréciait pas moins les enseignements du moine Takuan, admettait que ce vide mental était un principe essentiel dans son Aïkidô : « Votre « mental » ne doit jamais intervenir dans l’action, aucune pensée ne doit assaillir votre esprit. Vous serez alors capable de maîtriser « Ten-Chi », c’est-à-dire le ciel et la terre dans votre propre « sphère » qui devient en puissance équivalente au Cosmos, comme irréelle et sans pesanteur . »

Il y a plusieurs niveaux d’interprétations dans ces paroles mais l’essentiel tient en cette nécessité de silence mental sans lequel l’âme ne peut faire entendre sa voix. Ici le ciel symbolise l’Esprit de vacuité, et la terre, la conscience de la personnalité terrestre.

De manière encore plus claire, le Maître insiste et corrobore nos propos : « Entrez sans hésiter ! Sans aucune pensée, et votre mouvement deviendra ce que le « ki » désire qu’il devienne, à votre insu. Lorsque vous êtes aux prises avec un adversaire, vous devez perdre conscience de votre propre vie, et votre défense deviendra toute « spirituelle », c’est-à-dire inaccessible au geste physique agressif, car votre mouvement répondra avec une telle promptitude, qu’il rappellera l’accord de « yin et de yang » . »

Ce qui en clair signifie qu’il n’est pas question d’analyser l’attaque, de chercher à placer sa technique, de regarder l’adversaire pour le jauger car, dit Morihei : « ce serait pour vous une stagnation de votre esprit (le mental, NdA), et elle vous serait fatale ».

Nous devons aussi comprendre qu’un être est une unité divine se manifestant sur terre sous la forme d’une triplicité : 1) Esprit divin, notre Dieu intérieur ou Soi, 2) notre ki et 3) notre corps visible et matériel.

Comme nous vivons le plus souvent dans le monde objectif de la pensée et du mental, Le Soi ou Esprit est pour nous une pure abstraction. Il nous reste deux principes, le ki et le corps. Il est évident pour tout le monde que la fusion entre tori et uke ne peut pas être établie à travers le corps mais uniquement au niveau de l’énergie de la vie ou ki. Les débutants donnent de l’importance au corps, ce qui est naturel. Puis progressivement ils utilisent de concert le corps et sa radiation magnétique sous la forme très matérielle du souffle, inspirer ou expirer l’adversaire.

A mesure où l’on progresse et que le mental devient plus concentré sur un seul objectif, le souffle s’imprègne de ki et c’est là que l’on peut parler de kokyu. Cette fois le ki devient le maître de l’action, on parle alors en termes de polarité : attraction/répulsion, yin/yang. La sphère qui contient ce yin/yang est votre aura et plus le ki est présent, plus puissante est l’aura.

Lorsque le mental est entièrement mis en repos, l’adversaire yin est pris ou dominé par votre aura yang et votre sphère englobe celui ou ceux qui vous font face. Ils ne sont plus opposés à vous, mais font partie de vous-même.

Dès lors l’adversaire est subjugué car l’Esprit unitaire est toujours supérieur à la conscience duelle, d’où les paroles du Maître : « Tout ce qui est dualiste et correspond dans votre esprit aux valeurs statiques ordinaires doit disparaître. D’un regard qui « enveloppe » l’adversaire, vous devez percevoir par intuition sa chute inévitable dans une vision globale désintéressée. » On pourrait écrire des pages et des pages pour prouver que les principes de l’Aïkido ne sont pas différents de ceux que l’on trouve dans tous les systèmes philosophiques.

Ces mêmes principes ont été enseignés par le Seigneur Bouddha, Shankarâchârya, Apollonius de Tyane, Pythagore, Lao-Tseu, Platon ou Jésus. On les retrouve donc dans la bouche des maîtres du Budô, du zen, du sabre ou de l’arc. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, les mêmes lois universelles engendrent toujours les mêmes phénomènes.

Il est donc bien d’étudier ces lois car elles expriment le vrai depuis toujours et à jamais. Si la maîtrise des techniques de l’Aïki est réalisable en quelques années, celle du mental demande des années d’effort voire plusieurs vies tant est difficile la discipline qui a pour but la mort de l’égo.

Ceux qui ne sont intéressés que par la forme peuvent se contenter de l’Aïki ou l’Aïki-Jutsu, mais celui qui cherche la vérité du Soi pour conquérir le mental, fera bien plus que quelques heures d’entrainement par semaine, il pratiquera la méditation constante sur les grands principes de l’existence dans sa globalité, matérielle, psychique et spirituelle. Et là il est impératif d’avoir une profonde et réelle motivation.C’est à chacun de choisir sa voie selon ses désirs ou ses aspirations.

Nous terminerons là nos quelques observations en citant Maître Morihei Ueshiba à qui revient le mot de la fin : « Que vos dons, vos facultés, vos richesses intérieures s’épanouissent donc sous l’influence de cette énergie qui est un don gratuit et représente votre seule richesse pendant votre vie, mais aussi pendant toute votre éternité. Et pour faire la synthèse de mon enseignement, posez-vous la question : existe-t-il ou non quelque chose d’efficient qui dépasse la matière et que votre entendement ne saurait atteindre par le savoir ? »

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Michel Coquet.  Auteur de nombreux ouvrages sur le Budo et  sa dimension spirituelle.

Livres à consulter :

Nocquet A., Maître Morihei Ueshiba, présence et message, Ed. Guy Trédaniel, 1987.

Stevens J., les Secrets de l’Aïkidô, Ed. Budo, 2001.

Cauhépé J.D. & Kuang A., Métamorphose de la violence par l’Aïkidô de Sumikiri, Guy Trédaniel Editeur, 1998.

Saotome M., Aïkidô Nature et Harmonie, Ed. Sedirep, 1985.