Aïkido et Spiritualité

L’AIKIDO UN BUDO AUTHENTIQUE

UNE DISCIPLINE SPIRITUELLE

   Kannon Déesse de la compassion agissante. Elle revêt une infinité de formes ; elle est non-posture, non-forme. Elle est libre de prendre toutes les formes, d’apparaître à tout moment et en tout lieu. Beaucoup de Budoka  lui consacrent leur Keiko et la vénèrent comme la mère universelle déversant sa compassion infinie.

L’ère féodale et L’origine du Bu-Jutsu.

Dans l’ancien Japon, l’ensemble des arts martiaux étaient appelé Bu-Jutsu. Bu se rapportant à une dimension militaire et jutsu se traduit par technique, art, ou méthode. Le bu-jutsu est donc un art et une méthode militaire.

Si le Bushido porte l’empreinte d’un glorieux passé, le Budo quant à lui est porteur d’un message de paix, d’une voie de perfection, d’une voie spirituelle.

Le contexte du passé un code d’honneur : le Bushido

Par le passé, Le soldat bu-shi devait suivre un code de vie et d’honneur appelé Bushido. Le Bushi est un guerrier issu de la noblesse, plus tard il fut appelés samuraï. A l’époque glorieuse des samurais, ces règles de conduite étaient extrêmement utiles.

Samurai-sur-cheval

 

Aujourd’hui, à part quelques-unes toujours aussi importantes, les autres sont largement dépassées (note de Michel Coquet). Si de ce code moral certaines qualités morales sont nobles, les buts voilés visaient à faire du soldat un sujet fidèle au service de l’Etat. N’oublions pas qu’à cette époque l’empereur était divinisé, ce qui renforcé encore le sentiment de fidélité au maitre.

Les Ryu préservés

Après l’abolition de l’ère féodale, il existait encore nombre d’écoles Ryu, héritière d’une transmission dirigée par un maitre accompli dans l’un des nombreux jutsu existant.

A cette époque, certaines écoles avaient adopté des préceptes de sources traditionnelles chinoises. Parmi de nombreuses sources chinoises, le tao-té-king fut la base du judo qui consiste à céder à la force adverse et devint la base du principe de souplesse (ju) et signifie adaptabilité ainsi que du principe Aki qui signifie harmonie, fusion et coordination et allait devenir l’aiki-jutsu, l’ancêtre de l’aïkido.

Les grands principes universels préservés :  le Budo.

Selon la loi, tous ces grands principes universels tirés des plus grandes écoles initiatiques et philosophiques de l’Inde, de la chine, ainsi que du japon où ces lois ont été incorporées dans le bujutsu.  Il fallait cependant trouver à travers ces différentes disciplines, un système répondant aux besoins de l’individu prêt à gravir le sentier ardu de l’évolution spirituelle.

 Ces systèmes ne pouvaient émaner de simple experts dans leur art, mais émané d’homme sachant unir harmonieusement l’art du combat et celui de l’éveil spirituel afin que chaque discipline martiale soit élevée à la dimension d’une voie DO de réintégration et deviennent un véritable yoga, un moyen permettant à l’homme de s’unir à son essence, à son Soi véritable.

Ainsi apparurent des maitres qui eurent, après une révélation intuitive et illuminante, la mission de préparer un nouveau cycle de paix et d’harmonie en transformant l’art de tuer en art de vivre.

Parmi les plus célèbres nous avons maitre Lizasa Choisai Ienao pour le sabre, Jigoro Kano et Morihei Uyeshiba pour le judo et l’aïkido.

L’aïkido d’O-sensei est surtout un profond entrainement spirituel. Son but est de retrouver les qualités innées de notre héritage divin.

Le seul ennemi que reconnait O-sensei Morihei Uyeshiba était l’ennemi intérieur, l’égo.

O-Sensei disait à ses disciples : Le Budo n’est pas une question de force physique, il n’est pas l’art de se servir d’une arme très habilement, ni de projeter à terre une autre personne avant qu’elle ait pu vous faire la même chose. Il est la voie vers la sagesse universelle et la compréhension spirituelle. Mais s’il n’est pas efficace dans la pratique réelle, il perd sa valeur spirituelle et son caractère unique. Dans le vrai Budo, il n’existe pas d’ennemie.

 

Une définition du Budo.

Le mot budo est mal connu, ce n’est que ressèment qu’il fait son apparition parmi les revues et les livres spécialisées. Chaque expert tente une explication rationnelle, mais bien peu arrive à le formuler rationnellement et de façon claire pour nos mentalités occidentales.

L’étymologie du mot budo ou bu sont les versions courtes du terme bushido. Le mot budo désigne à la fois les beaux-arts et les arts martiaux. Il exprime aussi bien l’appréciation esthétique que les capacités pratiques. Le code du bushido influença toute l’éducation traditionnelle japonaise instillant au peuple japonais  le sens de justice, de courage, de moralité et de bien vaillance.

   Dans l’idéogramme japonais budo est composé de deux lettres. La première BU signifie une technique martiale et la seconde DO, la voie spirituelle. Si le bujutsu ancien est avant tout la voie de la guerre donc l’art de tuer, Le budo est, quant à lui, la voie de la paix et son unique ennemie est l’égo humain.

L’idée de bu-jutsu émane du wu-shu chinois : bu et wu signifie guerre et shu et jutsu technique. L’idéogramme WU peut avoir plusieurs  significations, mais dans tous les cas il se rapporte à quelque chose d’élevé, de supérieure et de spirituel, le sens d’interdire, de faire cesser. En termes de BU-DO  il signifie arrêt de la guerre.

Aujourd’hui, on parle couramment d’arts martiaux traditionnels, de self défense, de sport de combat, de bujutsu mais est-ce vraiment le Budo ?  (William Cleason écrit dans son ouvrage sur le Kototama : A la source spirituelle de l’aïkido Edition Guy Trédaniel) :

 Aussi longtemps que les adaptations modernes des arts martiaux traditionnels,  oubliant  leur pureté et leur profondeur originelle, considéreront la compétition comme leur raison d’être, ces disciplines ne resteront que des sports et ne pourront être appelé Budo. L’auteur précise encore que les fondations spirituelles de l’aïkido, c’est le Budo

Quelles sont les sources du Budo ?

(Michel Coquet dans Budo L'esprit des arts martiaux Edition Guy Tredaniel)  précise que le Budo peux s’apparenter à la religion car il cherche à relier l’homme à son essence originelle et divine, le budo s’efforce de démontrer à la personnalité humaine qu’elle forme avec le grand tout une parfaite unité,  mais Le budo se veut libre et indépendant et toute sa technicité démontre ce besoin fondamental de liberté, voire de libération.

Michel Coquet nous informe que : le fait que le budo se veuille libre et indépendant ne signifie nullement qu’il n’a pas incorporé dans sa stratégie des principes et des lois ancrées dans les grandes religions, puisqu’en tout état de cause ces lois et principes appartiennent à la réalité, à la nature et à la vie universelle, moteur essentiel sans lequel le budo n’existerait pas. Cette imprégnation d’éléments philosophiques et même mystiques dans le budo fut rendu possible par le biais des quatre systèmes religieux que sont le taoïsme, le shintoïsme, le shugendo et le bouddhisme.

L’Aikido, un Budo authentique.

L’aïkido de Maitre Morihei Uyeshiba n’a jamais été un art martial, il est un Budo, une voie de perfection où l’on cherche à s’harmoniser, à fusionner le KI individuel avec le Ki universel. C’est un art nouveau dont le moteur dynamique est l’Amour universel. La technique de l’aïkido est le moyen de vaincre notre dualité, celle de croire que l’on est séparé de l’autre. La technique est le moyen pour nous unir avec l’infini et retrouver l’expérience du Maitre fondateur Morihei Ushiba.

L’Aikido et la spiritualité

Peut-on remplacer Budo par Spiritualité. Le budo est Michi la voie, s’est-elle qui mène au but suprême de la réalisation du Soi. Lorsque l’art martial sert de Michi ou de voie, bu-shi-do devient budo. Shi l’aspect guerrier est supprimé, et la technique martiale bu est subordonnée au do comme moyen de parvenir à l’éveil, au but suprême. (Note de Michel Coquet). Quant à la spiritualité mot plus familier pour nous occidentaux, il signifie Amour universel, Amour infini et sans limite. L’Aikido est budo, l’Aikido est spirituel il est Amour incondionnel.

(William Gleason auteur A la source spirituelle de l’Aikido). Précise que La pratique de l’aïkido  a pour but de permettre l’émergence de notre vraie nature en développant le pouvoir spirituel qui est notre héritage inné. Ses techniques, aussi esthétiques que puissantes représentent les formes martiales idéales.

Qu’est-ce que le contenu spirituel de l’Aikido ?

  La main en Aikido doit s’ouvrir, elle signifie don de soi, elle en est la clef qui ouvre la porte à la spiritualité. En pratique la main ne saisit pas, la main joue le rôle de contrôle sensitif et canalise l’énergie vitale, le ki,  c’est avec le tranchant des os que la technique acquière son maximum d’efficacité afin que l’énergie du ki y circule librement. Tenter de contrôler votre partenaire par la force physique vous limite et vous rend vulnérable. En aïkido  la vitesse ou la force physique est bien moins importante alors qu’une  attitude qui embrasse tout est efficace. Le mouvement commence au centre de son hara, bien compris il est aussi le centre de notre énergie spirituelle, là où l’aïkidoka concentre son esprit c’est ce point d’unification qui permet de prendre possession d’une dimension spirituelle, l’espace dynamique. Ce centre point d’unification entre le haut et le bas, entre le ciel est la terre entre Esprit et matière, c’est la conscience qui s’éveille, non plus une conscience limité, identifié au corps à son mental et à son égo, mais une conscience dés-identifiée prenant possession de l’espace là où le pratiquant devra un jour  exprimer sa technique.

Cette nouvelle dimension change notre façon de pratiquer. L’aïkidoka ne subit plus la saisie ou la frappe, n’étant plus identifié à la limitation du corps, l’aïkidoka devient l’espace autour de lui et perçoit l’intention du partenaire avant la saisie pleine. C’est alors que la créativité et le mouvement émerge librement de son centre et donne beauté et efficacité dans son expression artistique qu'est l’aïkido.

Comment pratiquer l’Aikido dans l’esprit du Budo

L’aïkido, lorsqu’il est pratiqué avec le bon état d’esprit, celui de nous harmoniser avec uké conduit à la connaissance spirituelle et crée une transformation personnelle.

Il est primordial de maitriser ses techniques ensuite il faut s’efforcer de se décentraliser de sa mécanique corporelle, afin d’exprimer le rayonnement de votre sensation dans l’espace autour de vous, Ne soyez plus prisonnier de votre technique, libérez-vous en,  il faut vivre votre aïkido  dans cette seconde sphère, que tout expert appelle la sphère dynamique.

Cette démarche implique plusieurs critères observables.

  • Il faut se décentraliser de son égo, c’est-à-dire perdre la sensation du corps, il faut se perdre dans l’espace dynamique autour de soi, perdre le raisonnement intellectuel celui de croire que l’on fait quelque chose (la technique). Vous êtes l’espace, le corps prend possession de l’espace, vous êtes un et votre ki fusionne avec l’espace autour de vous, le ki individuel s’unit dans une dimension plus vaste et plus expansive.

 

  • Dans cet instant il faut abandonner l’esprit de self défense, il faut être sans plus. Mais ne faites pas une technique en pensant que s'est vous qui la faite, car  faire intervenir votre mental, c’est perdre votre êtreté. Votre technique doit se perdre dans l'infini.

 

  • En respectant ces principes, vous devenez l'observateur de votre technique. La conscience d'être se dissocie de l'energie et vous pratiquez en retrait de l'action. Le corps agit mais vous la conscience, êtes en paix, en méditation, en zazen, c'est le zen en action. L'aikido devient yoga.

Vous êtes dans l’espace dynamique

Vous devenez vous-même la sphère dynamique, l’espace s’est vous, celui qui pénètre dans votre espace est déjà vaincu pour une raison simple : ayant perçu la sensation avant la saisie vous êtes sensitivement libre et en amont de la saisie, ou mieux vous anticipez l’action. C’est seulement là, à cet instant précis que vous êtes dans le timing, vous êtes en harmonie.

Comment pratiquer à ce niveau.

Il faut pratiquer sur des tentatives de saisie et non plus sur des saisies pleines, c’est cela être en avance sur Uké, c’est anticiper l’action. L’action est perçue dans le champ visuel, l’espace dynamique, mais la sensation d’êtreté anticipe le champ visuel et vous permet de vous mettre en relation avec Uké en pleine harmonie. Le corps doit se déplacer avec une totale liberté et l’esprit doit être détaché de ce mouvement. O sensei enseignait ceci : Notre vrai corps est l’univers lui-même. Il faut éliminer la séparation entre soi et l’autre. Il ne reste plus d’égo pour établir les distinctions entre le moi et l’extérieur. C’est une communion intime, à travers laquelle la nature vérifie l’existence de l’être.

Pourquoi pratiquer en tentative de saisie.

Prenons une saisie conventionnelle, en rendori d’aïkido, lorsque vous évoluez dans votre sphère dynamique, et que uké veut saisir votre poigner, avant que la saisie soit physique et vous bloque, naturellement le corps commence à se déplacer latéralement et va puiser dans votre subconscient le débordement ou le taisabaki idéal.

Partant de cette logique vous n’êtes plus en retard sur la saisie mais en avance sur elle. Vous ne subissez plus la saisie, au contraire vous êtes en attente de la saisie, la notion du temps disparait.

Dans cette dimension, puisque vous êtes en avance et mentalement disponible par rapport à la frappe ou à la saisie, vos saisies sont la continuité de l’attaque, c'est la mise en relation, ce qui donne l’apparence non plus d'une saisie pleine ou frappe écrasante mais d’une tentative de saisie et d’une tentative de frappe, c’est ce qui donne cette impression que c’est Tori la défense qui frappe le premier mais la réalité est autre, c’est l’anticipation et l’harmonie qui crée cette condition.

William Gleason précise que : si quelqu’un essai de restreindre votre liberté de mouvement et que vous laissez votre esprit être aspiré par ce conflit, vous vous êtes déjà perdu vous-même. En laissant votre attention être conduite hors de votre centre, vous avez perdu votre contrôle et l’opportunité de gérer raisonnablement le conflit. A l’instant où votre partenaire se met à bouger, votre esprit doit déjà en avoir acquis le contrôle.

L’Auteur conclus que : l’aïkido est un système d’auto-défense, sans pour cela être une méthode de destruction, ce qui le différencie de tous les autres arts martiaux.

Certaines explications sont extraites de William Gleason A la source spirituelle de l’Aikido, le Kototama Editeur Guy Trédaniel

Et de Michel Coquet Budo L’esprit des arts martiaux Edition Guy Trédaniel

Texte écrit par Jean Louis Mignotet enseignant Aikido à Tremblay en France.